
Le Scorpion et la Grenouille
Je vous présente une version revisitée de la fable du scorpion et de la grenouille. Dans cette variante, la grenouille survit à la piqûre grâce à un insecte immunisant. Elle laisse couler le scorpion et rejoint seule la rive : blessée, mais libre.
APOLOGUES
Erickson JEUDY
2/8/20262 min read
On connaît, tous et toutes, la fable du scorpion et de la grenouille.
On la connaît si bien qu’on ne l’écoute plus.
On croit savoir ce qu’elle enseigne.
On croit savoir qui a raison et qui a tort.
On croit savoir où est la morale.
Alors reprenons-la. Lentement.
Et regardons ce qui nous rassure dedans.
I- Voici la fable connue
Un scorpion veut traverser une rivière.
Il demande à une grenouille de le porter.
Elle hésite.
Il pourrait la piquer.
Le scorpion répond :
« Ce serait absurde.
Si je te pique, nous mourrons tous les deux. »
La grenouille, après un moment d’hésitation, accepte.
Au milieu de l’eau,
le scorpion pique, comme prévu.
Il se dédouane :
— « C’est ma nature. »
Ils coulent ensemble.
Fin de l’histoire.
Début de la morale.
Je vous invite maintenant à écouter une version déplacer de cette fable.
II- La fable déplacée
Imaginons maintenant
un détail en plus.
Avant la rencontre,
la grenouille a avalé un insecte rare et d’une rare vertu.
Un insecte qui la rend résistante au venin.
La piqûre fera mal.
Très mal.
Mais elle ne mourra pas.
Elle accepte donc.
Le scorpion pique.
Comme prévu.
La douleur est réelle.
La mort ne vient pas.
Alors la grenouille s’arrête.
Elle se retourne.
Et laisse sombrer le scorpion.
Elle rejoint l’autre rive.
Blessée.
Vivante.
III- Le jugement
C’est alors qu’arrivent les autres animaux.
Ils ne demandent pas
si elle a souffert.
Ils ne demandent pas
si elle a eu peur.
Ils disent :
— « Tu pouvais le sauver. »
— « Tu avais le pouvoir. »
— « Tu n’as pas tout sacrifié. »
Le scorpion est absous.
Il a été fidèle à sa nature.
La grenouille est condamnée.
Elle a réfléchi.
IV- Mise en tension
Dans la première histoire,
la grenouille est bonne
parce qu’elle meurt.
Dans la seconde,
elle est mauvaise
parce qu’elle vit.
Le geste est le même.
La douleur est la même.
Il manque seulement
un cadavre.
Ce que nous aimons,
ce n’est peut-être pas la bonté.
Mais qu’elle soit fatale.
Ce que nous détestons,
ce n’est pas la trahison.
C’est qu’elle ne coûte pas assez.
V- Questionnement
Alors dis-moi :
Des scorpions, il en existe
Et toujours il en existera.
Et toi ? Es-tu la grenouille qui sombre avec le scorpion,
Ou celle qui résiste à l’excès de bonté ?
© Erickson JEUDY, Le Scorpion et la Grenouille, une fable revisitée, FiloPratiK, 2026
